Les habitants de douze pays européens utilisent depuis le 1er janvier 2002 des billets de banque et des pièces de monnaie métalliques libellée en euro. Les espèces en deutsche mark (Allemagne), drachme (Grèce), escudo (Portugal), florin (Pays Bas), franc (France, Belgique et Luxembourg), lire (Italie), livre (Irlande), mark (Finlande), peseta (Espagne) et schilling (Autriche) n'ont plus ni cours légal ni pouvoir libératoire. C'est ainsi que s'est achevée une unification monétaire qui n'a pas de précédent, au moins depuis que la monnaie est devenue complètement fiduciaire.

La drachme est la plus ancienne des unités monétaires remplacées par l'euro. Elle naquit en Grèce, au moins, 6 siècles av. J.-C. et notre dirham n'est que la forme arabe de ce nom. En Allemagne, le terme " mark " fut deux fois placé après un adjectif et devint Reichsmark le 30 août 1924 et Deutschemark le 20 juin 1948. De son coté le schilling ne fut introduit comme unité monétaire en Autriche qu'en novembre 1922 pour être démonétisé et remplacé par le Reichsmark en mars 1934 avant d'être rétabli en décembre 1945.

En adoptant l'euro comme monnaie unique, les gouvernements de douze pays européens industrialisés et politiquement indépendants ont renoncé à un droit qualifié depuis l'antiquité de régalien. Ils ont pris l'engagement de ne pas agir séparément pour augmenter ou diminuer les disponibilités monétaires nationales. Les pouvoirs en matière de régulation de la monnaie sont, depuis le 1er janvier 1999, détenus par un conseil de gouverneurs où siègent 18 personnes de différentes nationalités : les 6 membres du directoire de la Banque Centrale Européenne (BCE) et les 12 gouverneurs des banques centrales des États adhérents. L'indépendance des ces décideurs à l'égard des institutions ou organes de l'Union Européenne et des gouvernements des États membres est garantie par le Traité signé à Maastricht le 7 février 1991.

En analysant le nouveau système monétaire européen, on observe que la contre-valeur en euro des sommes libellées en anciennes unités monétaires nationales ne s'obtient pas en divisant par 1, 10, 100 ou 1.000. Sans compter le zéro qui précède la virgule pour la livre irlandaise, le diviseur est formé de 6 chiffres dont 2 à 6 décimales. A ce sujet il convient de rappeler que la monnaie fiduciaire espagnole, maintenue provisoirement en circulation avec cours légal et pouvoir libératoire dans l'ancienne Zone Nord du Maroc, fut, vingt deux mois après la reconnaissance par l'Espagne de l'indépendance de ce pays, retirée par voie d'échange au taux de 10 francs pour 1 peseta. Son cours au marché libre de Tanger était de l'ordre de 7 francs et les gouvernants de l'époque prétendirent avoir choisi un taux beaucoup plus élevé pour que les habitants concernés gagnassent dans l'échange. En réalité le choix de 10 s'imposa pour faciliter le calcul à la main des contre-valeurs, car, au mois de février 1958, les calculatrices électroniques, petites, légères et fonctionnant à piles n'existaient pas encore. Cependant, grâce au taux de change adopté, des dizaines de milliers d'opérations purent être effectuées dans le délai de quinze jours fixé pour le retrait de la peseta et ce, en dépit de la localisation de nombreux guichets ouverts à cet effet dans des zones rurales sans électricité ni eau potable et difficilement accessibles. Le montant des billets et monnaies espagnols retirés et remis séance tenante aux agents de la Banque d'Espagne s'éleva à 1.004.390.600 pesetas.

Depuis 1958, la technologie a énormément évolué. Aujourd'hui, des petites calculatrices performantes, très bon marché et faciles à manipuler et à alimenter en énergie sont à la portée de tout un chacun partout dans le monde. Aussi, actuellement, pour le calcul de contre-valeurs en euro, la division par 6,55957 (pour le franc français), 1,95583 (pour le deutschemark), 1.936,27 (pour la lire italienne) ou 166,386 (pour la peseta espagnole) ne pose-t-elle aucun problème dans des pays où l'analphabétisme est devenu rare. D'ailleurs l'application de cours de change formés de 6 chiffres ferait oublier rapidement les noms des unités de monnaie remplacées et ne se produirait pas le phénomène vécu au Maroc après les deux réformes monétaires du XXème siècle. Dans ce pays, de nombreux habitants continuèrent à exprimer les valeurs monétaires en rial après la démonétisation du hassani en 1921, et en rial et en franc après le remplacement, le 1er juillet 1959, de la monnaie du protectorat par le dirham, cela, sans compter ceux qui, pour gonfler les sommes, préfèrent actuellement utiliser le centime.

L'achèvement de l'unification monétaire entamée le 1er janvier 1999 en Europe a rendu nécessaire l'impression de nouveaux billets de banque et la frappe de nouvelles pièces de monnaie métalliques. Bien que la mise en circulation ait été confiée aux banques centrales nationales, les billets, dont les sept valeurs faciales vont de 5 à 500 euros, sont émis par la BCE et les huit types de pièces, de 1 cent à 2 euros, par les Trésors des pays concernés. En Europe et dans la quasi-totalité des autres pays indépendants, l'émission de la monnaie métallique relève du département du Trésor et vient grossir la dette publique. Au Maroc, l'ancienne Banque d'État ne détenait le privilège d'émission que pour les billets. Cependant, pour des raisons qui n'ont pas été rendues publiques, l'article 5 du dahir du 1er Juillet 1959 portant création de Bank Al-Maghrib confia a cette dernière l'émission de tous les signes de la monnaie fiduciaire.

Les billets de banque de l'Union Européenne présentent pour chaque valeur exactement les mêmes caractéristiques quel que soit le pays membre où ils sont mis en circulation. Par contre, sur chaque type de pièce de monnaie métallique, le motif frappé n'est le même que pour l'avers. Celui qui apparaît sur le revers diffère d'un pays à l'autre. Cependant, au même titre que les billets de banque, les pièces de monnaie métalliques en euro et en cent ont cours légal et pouvoir libératoire dans tous les pays adhérents et ce, quel que soit l'État émetteur.

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